Chemin Stevenson 1998

Note : cette seconde partie est à lire après la première sans quoi vous ne vous y retrouvez pas.

Du Bleymard à Saint-Jean-du -Gard (du 29 septembre au 3 octobre 1998)

Le Mont Lozère. Photo: Francis Diet  

Le 5 octobre 1998

Que les aubergistes de Nîmes sont cavaliers ! Leur bonjour n’est assorti d’aucune adresse. Les plats, déposés énergiquement sur la table, sont accompagnés d’un vigoureux « hop ». On me sert simultanément l’apéritif, l’entrée et le vin. Il est vrai que je mange près de la gare dans une gargote non étoilée, mais j’ai eu la même expérience dans un établissement un peu plus chicos de la ville.

La seconde partie du Stevenson est terminée.

Voyage dans les Cévennes des Cévennes avec une vingtaine d’Ecossais

Des Ecossais ? Je pensais que tu partais avec Charles ?

Oui, nous devions précéder de deux jours la rando-fête (texte dans référence en de-dessous du texte) commémorant le 120ème anniversaire du voyage de Stevenson, à laquelle nous avions décidé de ne pas nous joindre parce que ses participants ne faisaient que la moitié des étapes à pied. Charles étant retenu à Bruxelles par le genou, je décide – n’ayant pas le sens de l’orientation nécessaire pour faire le trajet seule – de me rendre en Lozère, à Bagnols-les-Bains, au Modern Hôtel qui offre des balades sur le mont Lozère.

De fil en aiguille, j’abandonne ce projet pour me joindre à la rando-fête qui débarque deux jours plus tard à 10 km de là, au Bleymard. La veille du départ, j’assiste au banquet quotidien des participants. J’arrive dans ce groupe avec une certaine mélancolie due à l’absence de mon époux et je suis plongée dans cette foule joyeuse qui déferle sur le Stevenson, accompagnée d’un joueur de cornemuse, de danseuses écossaises élégantes et belles, des participants écossais et de ceux qui les escortent : Américains, Suisses, Canadiens, Français de partout et cévenoles, Belges, enfants des écoles locales et leurs professeurs. Heureusement, je fais aussi la connaissance de « vrais » marcheurs, Ulysse et Stella, qui font tout le chemin à pied.

Je joins en référence au bas de la page, le récit publié dans Le Midi Libre sur la première étape. Comme je n’avais pas d’appareil photo, vous n’aurez que la carte postale du Mont Lozère et il vous faudra aller chez Freddy pour les photos du voyage. Freddy est d’ailleurs le premier cyber-correspondant que je rencontre en chair et en os.

P.S. Le 20 novembre 98 un compagnon de voyage, Neil, m’envoie les deux photos ci-dessous ; j’ai oublié de vous dire que Comète était du voyage :

Photo prise pendant le concours Miss Modestine où une dizaine de belles ânesses cévenoles ont rivalisé de charme. Comète n’a pas été élue.

Me voici avec ma petite Comète. On distingue ses pompons – boucles d’oreilles. Marcel Exbrayat, son propriétaire, lui a offert des tapis de selle neufs, doublés de fourrure et lui a accroché une petite cloche autour du cou.

Chaque soir, le maire du village-étape nous offre l’apéritif. Puis c’est le banquet cévenol agrémenté de danses écossaises et de bourrées locales. Tout cela se déroule dans une indescriptible liberté, une incroyable pagaille où les organisateurs, la famille Pagès et Audrey Bourgeois, arrivent à se retrouver. Tous les soirs, en effet, chacun trouve logement et bagages.

Le désordre est inévitable, étant donné que les uns font tout le chemin à pied (Ulysse, sa femme Stella, Pierre et moi), plus Jeannine qui file devant et que nous ne voyons jamais qu’accidentellement ; que d’autres parcourent la moitié du chemin en bus, que certains font tout l’itinéraire en bus, voire restent sur place. Nous sommes répartis dans au moins quatre hôtels, parfois dans des localités différentes et je ne sais pas comment nous n’avons perdu ni bagages, ni participants. Un de nous retrouve même son appareil photo oublié le long de la route. Cette joyeuse foule avance inexorablement vers son but.

Un mystérieux cavalier nous précède et nous laisse ici et là de petits messages marqués dans le sol, voire griffonnés sur un bout de papier. Je ne le verrai jamais.

Petit à petit je fais la connaissance de mes camarades. Mes compatriotes belges font un peu bande à part car en général, ils ne parlent guère l’anglais. On me dit aussi qu’à l’origine ils suivaient Saint Jacques de Compostelle et qu’ils ont en quelque sorte été détournés sur le Stevenson.

Ma découverte, ce furent les Ecossais. Ah, préjugés ! Idées préconçues ! Racontars. « En montagne, les Ecossais ne connaissent pas les virages, ils foncent tout droit vers le sommet et il est très dur de les suivre ». Or, aucun ne fit toutes les étapes entièrement à pied. Je les imaginais aussi, armés de leur litre de Scotch se tapant de sérieuses cuites quotidiennes. Or, je n’en vis jamais aucun pris de boisson et ils préfèrent manifestement le vin au whisky.

En fait, je tombe sur le groupe le plus inattendu, le plus adorable qui soit. Ses membres appartiennent au club Robert Louis Stevenson d’Edimbourg ; certains ont suivi ledit RLS à la trace partout dans le monde, jusque dans les îles Samoa où il séjourna et mourut.

En parlant de certains, je serai injuste à l’égard des autres, mais il me faut quand même mentionner l’acteur Jack (vrai nom John Shedden), qui me récite en marchant une chanson de Robert Burns ; l’enfant terrible du groupe, Bob, à l’air absolument féroce, qui rabroue certains de ses compagnons, de vigoureux « piss off » mais dont la rudesse cache (évidemment) un coeur d’or ; les inséparables soeurs jumelles (soixante-dix, quatre-vingts ans ?) qui fument comme des pompiers et qui sont extraordinairement dynamiques et drôles ; l’écrivain Neil Wilkie, classe, calme et équilibré, qui reste tous les soirs jusqu’à la fin du repas alors que moi, trop fatiguée et impolie, et déjà atteinte de ce mal de dos qui me cloue au sol depuis mon retour, je m’éclipse (je ne fais pas partie de la délégation officielle) ; enfin un Anglais qui marche en cravate et qui est d’une politesse exquise, rougissante.

Il y a aussi Ella qui m’apprend que RLS s’était intéressé aux Cévennes après avoir lu le Marquis de Villemer de George Sand . Il y a les charmants Américains, cultivés et parlant français.

Chaque fois que je le peux j’emprunte les ouvrages des uns ou des autres mais c’est pratiquement en aveugle que je fais le parcours puisque, ayant renoncé à notre projet, j’ai laissé à Bruxelles, outre mon appareil photo, Stevenson, mon Topo-Guide, mes cartes et ma documentation sur les camisards, ces protestants qui ont mené la guerre contre les soldats du roi entre 1702 et 1705. L’école de Saint-Germain-de-Calberte tient une exposition sur l’histoire de la région et vend même une bande dessinée sur Abraham Mazel dont je reproduis ci-contre la couverture.

Si je ne marche pas totalement bête c’est aussi grâce à Pat Valette, une Ecossaise qui habite en France ; elle nous dit notamment sur le mont Lozère : « Voici l’endroit d’où Stevenson découvrit les Cévennes des Cévennes, les vrais Cévennes ne couvrant en effet que le tiers de son voyage ». Les cartes de l’époque lui avaient fait croire qu’elles commençaient beaucoup plus haut.

Mes compagnons de marche, Ulysse et Stella me racontent l’histoire passionnante de leurs parents et grands-parents. Les parents d’Ulysse étaient des Républicains espagnols ; ils ont traversé les Pyrénées à pied chacun de leur côté, se sont perdus et retrouvés. Quant à la grand-mère de Stella, elle n’a dû la vie sauve lors d’un massacre d’Arméniens qu’à la pitié d’un soldat turc, qui bien que l’ayant vue couchée dans le creux d’un rocher couvrant de son corps ses petits-enfants, a passé son chemin.

Je rencontre aussi un Parisien qui retrousse la bouche pour parler. Il éprouve à l’égard des Belges une condescendance bienveillante qu’il trahit devant moi, ignorant que j’en suis puisque je n’ai guère d’accent. Pas étonnant que devant ce dédain les Belges perdent contenance et se mettent à bredouiller, eux qui manquent de cette pointe d’arrogance que nos voisins se voient inoculer sur les bancs de l’école et à laquelle ils ne résistent pas tous. Quel est ce besoin, si répandu, de dédaigner l’autre ? Qui est bien dans sa peau n’éprouve nul désir de se moquer d’autrui et les railleries ethniques ou sociales en disent plus long sur ceux qui les profèrent que sur ceux qu’elles visent.

A l’arrivée à Saint Jean du Gard, les participants qui ont fait tout le trajet se voient invités à défiler et reçoivent un souvenir. Je reste à l’écart, puisque je ne suis qu’une pièce rapportée à mi-chemin.

La chère Audrey Bourgeois, secrétaire de l’Association, à laquelle je dois de m’être ajoutée à ce périple, me recherche et me remet le même cadeau qu’à tous les autres : un soufflet artisanal creusé dans une branche. Je l’embrasse avec reconnaissance, tout en protestant que je n’y ai pas droit. La chose étant terminée, j’ai hâte de partir car je ne veux pas prolonger la peine des adieux. J’irai peut-être à Edimbourg pour assister au déjeuner célébrant l’anniversaire de RLS le 14 novembre…

Comme je me ferai opérer de ma hernie discale le 12 novembre, cela ne sera guère possible.

Les pièges pour les marcheurs

Il n’y en a guère sur cette partie du GR70, mais encore…

Pont de Montvert – Florac

Ne pas écouter ceux qui vous proposent un raccourci par la route car si celui-ci permet de gagner des kilomètres, il vous priverait d’une très belle montée. A l’arrivée à Florac, faire bien attention car le balisage est sporadique.

C’est l’étape la plus dure de cette partie du fait du dénivelé et de sa longueur.

Florac – Cassagnas

Prendre garde de ne pas rater le chemin après avoir traversé le Tarnon et être remonté jusqu’à la route qui mène à Ventajols, sans quoi vous êtes embarqué dans cinq kilomètres de route.

De Saint-Germain-de-Calleberte à Saint-Jean-du-Gard

Nous avons hésité à Feïssac qu’il faut laisser à gauche. Continuer à remonter le chemin. L’étape est beaucoup moins longue qu’il n’y paraît.

Logements recommandés, attention, en 1998. Ils existent toujours.

Pont de Montvert

Hôtel restaurant Auberge des Cévennesde plus Stevenson y est passé.

A la Truite Enchantée, la table est bonne mais les chambres sont primitives mais propres.

Florac

Si vous le pouvez, arrêtez-vous avant, à Cocurès, à l’Hôtel La Lozerette, dont la patronne, la table, les chambres, méritent le petit inconvénient que représente le rallongement (de cinq kilomètres) de l’étape suivante, de toute façon courte.

Cassagnas

Je n’y ai pas logé mais le relais Stevenson serait très convenable.

Saint-Germain-de-Calleberte

J’ai logé au Lou Bancilhon chez les Bauwens .Il y fait un calme magnifique, le logement est impeccable, le petit déjeuner très varié et généreux.

Saint-Jean du Gard, l’arrêt obligé semble être l’Hôtel Restaurant l’Oronge. On y mange très bien, l’hôtesse est très aimable et l’hôtel ressemble à un énorme caravansérail. Les boules quiès qui font partie de la panoplie d’accueil ne me laissaient pas augurer une nuit calme. Ce qui fut effectivement le cas. Mais l’hôtel a tellement de charme que je vous le recommande.

Documentation

Le Topo-Guide intitulé « Le chemin de Stevenson, GR 70 » est excellent.

C’est le minimum à emporter.

Ensuite, pour ce qui est de Stevenson, vous pouvez vous contenter du « Voyage avec un âne dans les Cévennes« , publié en Livre de Poche dans la collection 10/18, mais je recommande chaleureusement « Le Journal de route en Cévennes« , qui reprend le manuscrit original des notes prises par Stevenson en cours de route. Il est publié par le Priva-Club Cévenol et est infiniment plus riche que le texte final.

Avec ou sans âne ?

Sans hésitation, je dirais avec un âne. J’ajouterais : mieux encore, avec vingt Ecossais. Malheureusement, vous n’aurez pas ma chance car il vous faudra attendre un prochain anniversaire du voyage de Stevenson.

Stevenson l’écrivain

C’est le marcheur qui m’a séduite chez lui, ensuite ce fut l’homme et à présent l’écrivain.

A Saint-Jean, je me précipite chez le libraire et je trouve enfin le journal. J’acquiers aussi « Inland voyage », voyage par des canaux, qui commence à Anvers et se poursuit sur l’Oise, ainsi que la biographie de Fanny Stevenson, son grand amour, par Alexandra Lapierre.

A Nîmes, je m’enferme dans ma chambre d’hôtel et j’essaie de rédiger mes souvenirs. Je suis toutefois trop fatiguée pour y arriver et c’est sur le marbre de la gargote que j’écris ces lignes.

Le 5 octobre 1998

Ce voyage est la préface d’un long séjour à Édimbourg suivi de multiples visites

Référence

  1. Le programme de la Randonnée – fête

22 septembre au 3 octobre, organisée par l’association « Sur le Chemin de R.L. Stevenson ».

Mardi 22 septembre : Départ Le Monastier sur Gazeille – petite

fête de musique traditionnelle. Arrivée Le Bouchet-Saint-Nicolas. Mercredi 23 septembre : Départ Le Bouchet-Saint-Nicolas. Arrivée à Langogne.

jeudi 24 septembre : Départ Langogne. Arrivée Cheylard l’Evêque. Vendredi 25 septembre : Départ Cheylard l’Evêque. Arrivée La Bastide-Puylaurent.

Samedi 26 septembre : Etape Rogleton – Notre Dame des Neiges. Dimanche 27 septembre : Départ Notre Dame des Neiges. Arrivée Chasseradès.

Lundi 28 septembre Départ Chasseradès. Arrivée Le Bleymard. Mardi 29 septembre Départ Le Bleymard. Arrivée Le Pont de Montvert.

Mercredi 30 septembre : Départ Le Pont de Montvert. Arrivée à Florac.

jeudi 1er octobre : Départ Florac. Arrivée à Cassagnas. Vendredi 2 octobre : Départ Cassagnas. Arrivée Saint Germain de Calberte. Election de Miss Modestine à 16 h.

Samedi 3 octobre : Départ St Germain de Calberte. Arrivée à St Jean du Gard. Cérémonie du jumelage de l’association « Sur le Chenùn de R.L. Stevenson avec « The R.L. Stevenson Club » d’Édimbourg.

Au programme: 3 à 4 heures de marche par jour. Le reste de l’étape se fait en mini-bus. Les horaires de départ seront communiqués à l’arrivée de l’étape du soir, par voie de presse et dans tous les O.T.S.I du parcours.

A l’arrivée des étapes auront lieu : danses folkloriques écossaises et auvergnates, vin d’honneur, repas du soir animé de musiques traditionnelles et à certaines étapes, spectacles ou causeries.

Chacun doit prévoir son pique-nique de midi, son repas du soir, son couchage aux étapes ou ailleurs (voir liste des relais de l’association).

Le transport en niini-bus durant les étapes sera gratuit.

2. Article dans le Midi Libre

Le Midi Libre, jeudi ler octobre 1998

Mardi, enfin une belle journée ensoleillée pour quitter le Bleymard, traverser le Mont Lozère et arriver au Pont-de-Montvert. Vers 17 heures, une foule colorée s’est regroupée le long des quais, au centre du village.

Voilà Dougie Ross d’Edimbourg dans sa superbe tenue d’Ecossais, kilt à carreaux, chaussettes montantes, qui s’avance lentement en soufflant énergiquement dans sa cornemuse. Deux ânesses, prêtées par Marcel Exbrayat d’Arsac (Haute-Loire), en pleine forme malgré les heures de marche suivent le musicien. Ensuite les grands de l’école primaire de Rouffiac avec Maryse Mouysset, leur enseignante, ouvrent le cortège.

Puis suivent les « vrais » randonneurs, partis pour les douze jours le 22 septembre dernier du Monastier-sur-Gazeille. Ils sont Français, Ecossais, Belges, Américains, Canadiens, Californiens… Il y a même une Japonaise, stevensonienne dans l’âme, qui connaît tous les endroits fréquentés par l’auteur de « L’île au trésor », de la Californie aux îles Samoa.

Aussitôt, les élèves pontois leur présentent quelques danses du folklore local et ils ont même appris une danse écossaise. Trois danseuses écossaises prennent la relève au son de la cornemuse de Douglas Ross et exécutent à la perfection plusieurs danses des hautes terres. Kirsty et Amanda, élèves depuis l’âge de quatre ans dans une grande école de danse écossaise, appartiennent au Tattoo ; elles participent aux plus célèbres festivals du monde, représentent leur pays au concours les plus disputés.

Le groupe local de danseuses, dirigé par Ruddy Vidal hésite un peu à prendre la suite, mais la musique lui fait vite oublier ses complexes; et branles et bourrées sont exécutées sous les yeux du public, ravi. Après cette prestation, le maire invité tout le monde à partager le verre de l’amitié.

La deuxième partie de la fête s’est déroulée dans la salle polyvalente de la maison du mont Lozère…. Le repas, au goût cévenol, a été servi aux 130 convives par les trois restaurateurs du village qui s’étaient concertés pour se répartir les tâches.

A l’heure du café, les musiciens ont ressorti les instruments. Enfin, au gîte, Allan Wally, chanteur d’Edinbourg, a fait partager sa passion à un groupe d’élèves de seconde … venus participer à l’étape d’hier, du Pont à Florac.

                                                                                                                

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