Damas, octobre 2002

Note: je vous  sers de l’authentique, c-à-d mon journal de 2002 tapé dans un cyber dont les claviers n’avaient pas d’apostrophe 

lundi 7 octobre 2002

Je suis retournée à la Banque (trois jours pour recevoir un virement en provenance de ma Banque à Bruxelles) et il y a des dames en hidjab et redingote, mais aussi « en cheveux ».

Donc, il est 7 heures et je relis la dictée de ce matin.

La composition de la classe a changé ; certains élèves sont allés dans une classe supérieure et d autres sont partis dans le sens inverse. Parmi les nouveaux arrivages, il y a tout à coup cinq ou six Turcs, hommes, et femmes musulmanes pratiquantes (reconnaissables à leur hijab) et d autres qui ne le sont pas ; quant aux garçons, je ne pourrais pas dire s ils sont pratiquants ou pas.

Qu est-ce qu ils font tous ces (pour la plupart) jeunes ici ?
Ils se préparent à faire des études à l université ou à travailler dans des boîtes où on leur demandera l arabe ; il y a les Syriens de l étranger qui veulent que leurs enfants apprennent leur langue maternelle ou fassent une partie de leurs études ici. Je vous ai parlé des épouses. Je dois être une des rares (non, il y a Greta) qui étudie « pour rien », pour le plaisir de lire la littérature arabe, et il y a aussi Boul (Pavel devient Paul devient Boul – il n y a pas de « o » en arabe et il n y a pas de P, d où Baris pour la ville lumière) qui étudie pour étudier.

Vous me parlez d un tremblement de terre, mais je n ai pas accès aux nouvelles. Un immeuble s est bien écroulé parce que son sous-sol était taraudé par des cavernes me dit C. ; Bush aurait annoncé son intention de nous mettre sur sa liste. La nouvelle est accueillie avec une certaine indifférence ; ce projet a été annoncé plus d une fois.

L isolement est un peu pénible : lenteur du courrier – mais guère plus que chez nous : une lettre met une bonne semaine – e-mails aléatoires, téléphone très cher, seulement pour les appels internationaux dont le tarif a pourtant baissé de 20%, mais à côté de cela il y a tellement d avantages à vivre ici. Comme l étude de l arabe va me prendre quelques années, j envisage très bien de venir passer huit mois par an à Damas (j esquive l été).

Il me serait impossible de m abonner à la liste de CC21 car la lecture de chaque message sur hotmail (je n ai plus de problèmes à présent) me prend bcp de temps ; la liaison atteint 33,5 bauds ; mon adresse chez vous ne marche simplement pas. De temps à temps, j arrive à lire vos messages et par miracle, j ai pu répondre à ds avant-hier. Le clavier sur lequel je tape à présent dans mon nouveau cyber ressemble à celui d un carillonneur.

Mon réveil vient de sonner ; il faut que je m occupe de l étoupe qui me sert de cheveux.

Je fatigue déjà moins en classe et dans le brouillard d arabe diffusé par notre professeur, je commence à distinguer quelques silhouettes de vocabulaire. Je crois que je progresse.

mardi 8 octobre 2002 (soir)

Bosra, à deux heures de bus de Damas, est plus que son grandiose théâtre qui accueille un festival en septembre; il y a aussi la ville vieille, avec un énorme réservoir, une basilique, un hammam romain énorme et très bien conservé, des mosquées dont l une aurait vu passer le Prophète etc.

J ai fait le voyage dimanche avec une pulpeuse Brésilienne de ma classe ; à l aller, nous étions côte à côte, mais au retour, assises tout au fond du bus, nous avons tendu une nasse en nous asseyant chacune aux fenêtres. Nous voulions parler l arabe. Trois messieurs sont venus s asseoir entre nous ; celui qui était à ma droite s est assis à l avant de son siège et est resté très peu coopératif pendant tout le voyage. Plus ou moins idem pour l homme assis à la gauche de M., mais avec celui du milieu ce fut une autre affaire. Il nous a fait faire une mouradja (révision) sérieuse, tout cela dans les rires et les taquineries, tenue pas très correcte pour une femme m a dit le regard d une voyageuse.

Bref, dans quinze jours nous sommes invitées à aller passer le week-end à Bosra chez la mère dudit jeune homme ; et le copain taiseux assis à la gauche de M. viendrait venu aussi, et non nous n irons pas.

La musique

Il y a dans le quartier de Shalan un magasin de disques (NAI) où j ai trouvé de quoi étancher ma soif de musique classique et de bonne musique arabe. J étais sur le point de faire un saut à Bruxelles tellement mes cd me manquaient. Il ne faut jamais s imaginer que l on pourra s immerger totalement dans une autre culture et arriver à se couper de la sienne.

Les cours

C est selon les jours ; parfois je sors à quatre pattes, parfois fraîche comme une rose. Aujourd hui, je sentais mes cernes se creuser jusque sous mes bajoues ; la belle Sibérienne, dont je ne me lasse pas d admirer la beauté, est revenue à mon grand soulagement.

mercredi 9 octobre 2002

Encore les cours

J étais assez jalouse de l aisance avec laquelle les Turcs lisaient les textes. Aujourd hui, ce fut la révolution. J apprends que les Turcs ont quatre ans d arabe derrière eux et qu ils s ennuient à mourir avec les débutantes que nous sommes. Ils veulent partir.

Ouverture sur le monde

Brusquement, c est comme Noël : l Ami m a installé une nouvelle boîte pour capter les stations de television et de radio par satellite et je vais enfin savoir ce qui se passe dans le monde. Je peux capter la vrt mais pas la rtbf, France musique, culture etc. Au moins 200 chaînes au total.

Ce sont des frais que ma proprio aurait pu faire, mais que ce soit par avarice ou par pauvreté, elle me laisse tout sur le dos.

Le temps

Un temps d octobre ; la nuit, la fraîcheur m oblige à me couvrir d un drap. Le jour, il fait encore très chaud, avec des coups de relative fraîcheur.

Je prends toujours le café du matin sur le balcon ; une tourterelle, perchée sur le fil à linge du voisin, m envoie une plume sur mon assiette.
Les gosses d à côté, je ne les connais toujours pas ; à travers le verre martelé j en ai vu un ce matin enfiler son pantalon. Les chats poursuivent leurs allées et venues.

La nourriture

On dirait que l on commence à m accepter car la consommation de raisins, croquants de fraîcheur, lavés dans l eau du robinet s est faite impunément.

jeudi 10 octobre 2002

Le guichet à la fenêtre

Quand vous irez chercher votre visa pour venir me rendre visite, vous serez sans doute étonnés de devoir faire la transaction par la fenêtre. Je pensais que c était pour des raisons de sécurité, mais je vois que cela se fait ici aussi, par exemple au consulat d Arabie saoudite qui se trouve tout près de mon institut.

Fin de ma deuxième semaine de cours. Les Turcs ont été relogés dans un cadre plus digne d eux et notre classe s est amenuisée d autant.

A force d avoir le ventilateur dans les yeux j ai attrapé une conjonctivite et ça peut faire mal ! Je vais essayer de me procurer du collyre.

Je suis raplapla ; toute la semaine sans décoller de chez moi, passée à étudier.

Ce soir, vieille ville et narguilé ; photo de papa Joseph et de son antre à trésors.

Je penserai à vous dimanche en train de vous huiler la dalle à coups de Cointreau et de divers liquides venus tout droit de l enfer. Je n ai pour ma part pas à tenir le coup : tout cela ne me manque pas du tout. Par contre, vos bobines si.

Jeudi soir

Le collyre, bernique. Le pharmacien mal embouché de la vieille ville que j avais déjà inauguré à mon séjour précédent, refuse de me donner quoi que ce soit et me fourgue le nom d un médecin et d une rue en me disant que j en ai bien besoin. Je passe chez Zak et je lui demande s il a de la camomille ; il est de l avis du pharmacien, va voir un toubib. Je monte chez Joseph (photos) et il me dit la même chose.

A deux kilomètres de là, je le trouve enfin mon ophtalmologue ; je m assieds à la consultation dans une salle d attente très propre. Je fraternise avec deux jeunes femmes (mouradja, professeur). Un monsieur bien passe avant tout le monde avec son fils. Un homme louche avec un fils louche entrent quand c est leur tour et ressortent.

On finit par se retrouver dans le cabinet du médecin à trois patients et leurs accompagnateurs. L examen du fils du monsieur bien (la tasse de café qu il reçoit me le prouve abondamment ; il y a tout un code dans la tasse de café que l on reçoit ou non selon tes relations avec ton hôte), je disais donc que l examen du fils du monsieur bien se termine quand tout à coup nous sommes tous frappés de cécité : panne d électricité ; la petite fille d une des jeunes femmes est examinée à la torche électrique et moi aussi. J avoue les shampoings au savon d Alep et la dose de poivre que je me suis administrée en me frottant les yeux après avoir épicé un plat ainsi que les longues heures penchées sur mes livres. Il me dit qu étudier est bon pour le cerveau et moins pour les yeux. Je le revois lundi car il veut examiner mes lunettes. Ah ! et il parle l anglais.

Les deux jeunes femmes m emmènent à la pharmacie et là je reçois un accueil si chaleureux que j en suis toute émue ; les pharmaciens parlent français, et bien, et c est « si vous avez besoin de quoi que ce soit, n hésitez pas à venir ». Autre chose que le vieux bougon de la vieille ville qui m a néanmoins rendu un fieffé service.

Je suis trop crevée pour aller au narguilé et je vais modérer mes lectures jusqu à lundi.

En rentrant, je passe prendre une pizza ; devant le comptoir un monsieur déplie son tapis et fait sa prière ; il s est lavé les pieds car il a mis des sandales.

On me dit : la pizza est ratée, on va vous la refaire. J opte pour un taboulé.

Tot ziens ; je vais essayer de poster ça avec mes mauvais yeux en plus.

vendredi 11 octobre 2002

La tornade blanche vient de partir ; elle a dérangé l’unique cafard de la maison qui est sorti de sa cachette où le chlorox a dû l’incommoder.

Je le prends et je le mets à la porte sur le balcon.

Ali (la Tornade) m’a aidée à faire mes devoirs pour demain ; ne vous imaginez pas que notre jour de repos le soit. Je profite du bref répit que me donnent les gouttes de l’ophtalmo pour vous écrire.

Alors, ce monsieur qui, chez l’ophtalmo, est passé sans même s’arrêter devant la réceptionniste et a ouvert la porte du cabinet sans frapper, késako ? La question me travaille depuis hier soir.

Il est probable que le docteur lui a dit : tu passes quand tu veux ; pas besoin de faire la queue dans la salle d’attente.

Ici, personne ne songerait à protester comme je le fais volontiers chez nous : hé, je suis avant toi ; chaque sa tour.

Dimanche dernier à Bosra M. et moi nous sommes fait vider d’une calèche dont nous venions de négocier le prix (sans succès) ; nous étions déjà installées quand le cocher nous a fait descendre et à notre grande indignation, que nous avons exprimée à grands cris, il est parti avec un autre client. C’est comme ça.

J’arrête car les gouttes commencent à perdre leur effet et je dois encore travailler un peu ; nous avons une dictée demain. Au moins, depuis le départ des sympathiques Turcs, je ne vais plus entendre : moi, j’ai fait zéro faute, moi aussi, moi aussi, tandis que moi, c’est quatre minimum.

dimanche

Le système des quatre jours de cours, suivis d’un jour « sans », puis d’un samedi de cours et d’un dimanche « sans » est finalement bon. Je me vois mal tenir le coup pendant cinq jours d’affilée. Et en deux jours « sans » nous risquerions de relâcher l’effort.

Relax

L’autre soir (il était 20 heures 30) dans le cabinet de l’ophtalmologue, l’atmosphère était tellement plaisante. Le monsieur bien et son fils, les deux jeunes femmes et la petite fille, moi qui me faisais arroser les yeux couchée sur la table tout en expliquant au monsieur bien que j’étudiais la langue parce que je voulais lire de la poésie en arabe (je ne révèle qu’à un petit nombre mes propres ambitions littéraires J). Et quand la panne est survenue, je n’ai pas entendu un « merde » ; on a sorti les lampes et les bougies. Et comme je vous l’ai dit la dernière fois, la petite fille et moi (qui redoutais d’être renvoyée) avons subi l’examen à la lampe torche. Les gouttes ont l’air d’aider, mais je retourne demain.

Je n’ai jamais éprouvé une telle paix ; je baigne dans la compatibilité. Le soir, la place devant la Mosquée des Omeyyades est pratiquement déserte. L’air est si doux que je ne sens plus mon corps. Tu crois, db, que j’ai trouvé ce que je ne cherchais pas ?

La région a pourtant ses terribles tragédies, mais je vis totalement dans l’ici et le maintenant.

Hammadye

Caveat emptor. Il n’y a pas que les marchands qui sont voleurs dans ce souk, les taxis que l’on trouve à la porte du souk, également.

J’entre dans un taxi, puis un autre, et je sors chaque fois que l’on m’annonce le prix : le double du maximum que je paie et dans lequel est inclus un pourboire. J’entre dans une troisième voiture ; je donne l’adresse et le max que je paie ; le chauffeur me jette des regards désespérés, mais j’insiste : c’est 50 livres (un Euro), pas un sou de plus. A la fin, il arrive à me faire comprendre qu’il ne fait pas le taxi. Je me confonds en excuses.

Je trouverai un peu plus loin un taximan réglo. Me plaindre à la police ? Il n’en n’est pas question. Un de mes condisciples l’a fait pour 10 livres (40 centimes), pour une question de principe.

Je suis allée lire mon courrier : aujourd’hui impossible sur hotmail. J’ai vu dans le forum les photos de ta soirée, Pascal, mais pas possible de les voir en grand à cause de la lenteur. Je serai là le 28 juin ; je ne reviendrai ici, si Dios quiere, qu’en septembre pour faire une deuxième année. Passer l’été en Syrie est pour moi inimaginable.

L’autre jour, j’ai minuté ma connexion : 40 minutes pour lire deux messages, y répondre, télécharger dans ma bal mon billet et quatre photos et essayer de répondre (en vain) au gentil message de db.

Je ne pense pas poster avant lundi prochain.

jeudi 17 octobre 2002

Ceci sera mon dernier postage pendant un certain temps.

En un mois de séjour j’ai drôlement progressé en arabe, surtout depuis le début des cours.

J’ai beaucoup de travail et je n’ai plus l’énergie de me battre face à des connexions récalcitrantes.

J’irai chercher mon courriel hotmail et compuserve une fois par semaine.

Ma salama

dimanche le 20 octobre 2002-10-20

On a beau fuir, nos chagrins nous rattrapent ; l’approche d’une date fatidique, d’un douloureux anniversaire est aussi difficile que le jour tant redouté.

Il y a deux ans s’écrasait, dans un escalier glauque du métro, une libellule ascendant papillon comme il aimait se décrire ; a-t-on jamais vu une libellule ou un papillon s’écraser ? Charles, mon ex-mari.

On dit communément : la vie continue ; c’est en boitant que l’on poursuit la route.

Assez de mélancolie, revenons à l’ici et maintenant, à Damas.

L’automne

Il fait toujours chaud, mais les nez ne saignent plus. La nuit, on tire le drap sur soi car il fait frais. Le linge sèche toujours en un clin d’œil.

La première vraie pluie (cinq minutes), je l’ai accueillie comme la plus douce des musiques. On est vite blasée : à la deuxième, je ne faisais déjà plus de bonds de joie, mais je l’ai dit, jamais je ne la maudirai tant que je serai ici. C’est comme ma fontaine magique ; parfois quand je vais au Nafura, c’est tout juste si j’oublie d’aller la saluer. Il ne faut jamais penser que c’est dans la poche, encore que les fontaines soient plus constantes que les êtres humains.

Petite scène de la vie quotidienne

Si je voyage en micro, c’est pour le plaisir d’être avec les gens. L’autre soir, la porte se bloque, retenue par son capitonnage ; on finit par réussir à l’ouvrir, mais le problème se représente à chaque ouverture de la portière. Sans un mot, le chauffeur tend un tournevis et une visse à un voyageur et celui-ci fait la réparation.

Mes yeux

En tout, quatre visites chez l’ophtalmo ; sa salle d’attente est des plus intéressantes. Beaucoup de gens du bled, notamment une femme au foulard noué derrière la tête. Elle a un teint de brique, des pommettes saillantes et les lèvres volontaires. Pas le genre sur le pied de laquelle j’aimerais marcher.
Un homme en keffieh boit à la cruche comme à une gargoulette, sans toucher.
Dans le cabinet c’est toujours le souk ; j’adore, mais je perds mon zen quand la secrétaire – qui a un dysfonctionnement des pieds car ils sont toujours à côté de ses pompes – se trompe sans cesse dans mes rendez-vous, l’heure d’arrivée du toubib, le moment auquel je toucherai mes verres de secours etc.

Non, je n’ai pas de tumeur au cerveau me dit-il après un fond d’œil très douloureux ; j’ai simplement besoin de nouvelles lunettes. Cette semaine, je devrais voir normalement à nouveau. L’opticien a fait ses études au Canada et parle un très bon français.

Et puis, mettez ces gouttes (très chères, réservées aux ploutocrates occidentaux) toutes les quatre heures. A la première application, je dévisse le mauvais bouchon et je vide la moitié du flacon dans mon œil gauche qui du coup voit bcp mieux.

Mes … vous voulez vraiment savoir ? Mes cheveux

Ils ont à présent le teint pisseux à force d’être huilés et décapés. J’ai acheté un turban avec une petite perle, mais je n’ose pas le porter sauf quand la barbe à papa part dans tous les sens. Et le re-rinçage ne va pas arranger les choses. Les poissons pourrissent par la tête ; je suis bélier pourtant.

Les cours

Nous sommes toujours très contents, surtout les Turcs qui sont restés et qui se jouent de pièges dans lesquels nous, les vrais débutants, tombons immanquablement, tout comme dans les trous dont nous n’arrivons à sortir qu’à la cinquième tentative méritoire de notre oustad (professeur).

Tu me demandes mct si nous étudions l’histoire etc. Pitié ! Tu ne crois pas que nous avons assez avec la grammaire ? Je jette de temps en temps un coup d’œil imprudent dans les livres et je me dis que jamais je n’y arriverai. Pourquoi ne pas apprendre le tricot plutôt ?
Parfois, quand le prof nous raconte quelque chose, nos interprétations nous donnent le fou rire : kèskidi ? Je crois qu’il parle des signes du zodiaque (avec le taureau et le bélier), non, il parle de cornes, non, on ne sait pas. N’empêche, et tant pis si je me répète, je reconnais maintenant quelques termes grammaticaux, mais les notions qu’ils représentent, m’échappent parfois.

Donc, si vous venez ici, n’oubliez pas de vous munir d’une grammaire donnant la terminologie en arabe.

Je suis à présent assise à côté d’une Française (la bébé de la classe est partie vers un niveau supérieur, le comble) originaire de Valence et ayant fait ses études secondaires au collège de Chabeuil. Claire est son nom.

Nous nous soutenons vachement. Comme elle étudie les leçons (moi aussi, mais elle les retient) elle me souffle les réponses au moment des interrogatoires. Il m’arrive de lui renvoyer l’ascenseur. (assise à l’avant-plan à droite, Claire)

Et mes poèmes ?

Je les ai lus à Zak qui a aimé, mais comme je suis aussi une bonne cliente…

vendredi 25 octobre 2002

Désolé Pascal de ne pas répondre à tes attentes d’exotisme. Damas est une ville moderne avec de vieux quartiers, mais les gens ne vivent pas sous la tente, même pas au camp de réfugiés de Yarmouk.

Hier soir, je me suis payé une virée en ville et je vous ai pris des photos de Damas by night.

D’aucuns se sont demandés dans quel endroit j’avais pris les photos précédentes.

Je vous ai fait pénétrer dans la grande salle du hammam où se font

l’accueil, le repos et l’épilation.

Lundi prochain, je vous prendrai le grand marbre où on se couche, on se fait laver et masser. Je suis retournée lundi dernier me faire récurer et cela en valait la peine. Cette fois-ci, au lieu de me mettre sur le marbre, la laveuse m’a fait m’asseoir par terre et c’est dans cette position malcommode qu’elle a fait ma toilette.

Sans épilation et sans shampoing, l’aprèm a été sans histoire. Tout le monde était content de se faire photographier pour internet sauf deux Françaises, mère et fille, qui ont refusé d’exhiber leurs seins pour mes amis restés au pays.

Après, soirée palestinienne sur une place de la ville ; un orchestre joue et chante des chansons patriotiques et autres très belles. On attend à 18 heures, un groupe de jeunes Européens qui viennent en Palestine, en Syrie et en Irak témoigner pour la paix. Comme le groupe ne compte pas de Belges je pars vers 19H30 car il fait froid. Il faut dire que nous sommes en automne et que nous n’avons plus que 28° pendant la journée ; le soir, on n’en n’est pas encore à la petite laine, mais on s’en approche. Les étals des marchands racontent le changement de saison car je vois apparaître de la laine.

Mercredi, je suis allée chez mon opticien chercher mes nouvelles lunettes. Et ici, je demande votre attention, car vous allez voir que le monde est microscopique.
Il me dit : je vais à Paris pour un congrès (BTW, l’ophtalmo est quant à lui en Amérique, aussi pour un congrès). Ah ! Et vous logez où ? A Versailles (c’est près de chez la sœur de l’auteur), et après je vais chez ma tante à V. (ça, c’est chez ma sœur) ; et elle habite où, votre matante ? A la rue E. (la rue de ma sœur !), et à quel numéro ? Non, pas à celui de ma sœur, mais à deux pas.

Quelques infos sur la Syrie

On se sent vite patriote ici ; les gens aiment leur pays et en sont fiers.
Je tire les chiffres ci-dessous de Encarta.
En 2001, le taux d’alphabétisation était de 87,8 p. 100. L’instruction primaire est gratuite et obligatoire.

Les principales productions agricoles sont l’orge, le blé, le tabac et les légumes. Raisins, olives et agrumes sont produits dans les oasis. Le coton cultivé de façon intensive est quasiment la seule culture destinée à l’exportation.

L’élevage est très important (moutons, chèvres, vaches et poulets). Pas de pêche ni de sylviculture.

Il y a du pétrole et du gaz ; quant à l’industrie, elle est spécialisée dans l’agroalimentaire et le textile. Le pays produit également du ciment, du tabac et du cuir. Artisanat syrien : brocarts, tapis, marqueterie et travail des métaux.

On me dit que les brocarts sont produits par les musulmans, les métaux l’étaient par les juifs et la marqueterie par les chrétiens. Comme il ne resterait que 50 juifs, je suppose que leur activité a été reprise par les musulmans ou les chrétiens.

Hier soir

Eh bien, je n’étais pas très fière de mes Européens ; je fume mon narguilé hebdomadaire quand dévalent des escaliers qui mènent à ma terrasse, une bande d’Espagnols fêtards, manifestement ivres. Ils font grand scandale chez le marchand dont la boutique jouxte ma chaise ; celui-ci leur dit qu’il a une sœur à Bilbao et à moi, il me dit qu’il a un frère à Gand, à Maria que sa fiancée est Brésilienne comme elle etc.


Les descendants du duc d’Albe tapent sur un plateau en cuivre qu’ils brandissent au-dessus de leur tête. Tout le monde (nous autres musulmans et apparentés) ouvre des yeux ronds ; il est vrai que pour partager cette euphorie il faudrait avoir bu autant qu’eux ce qui n’est évidemment plus mon cas depuis que je mène une vie d’abstinence. Ce genre de scène doit être extrêmement rare ici. Le marchand me dit avec un sourire qu’ils n’ont rien acheté et que de plus ils l’ont couvert de scandale.

Les fêtards

Les Syriens que je vois ont une dignité tranquille et chaleureuse, sans raideur. L’ivresse n’a vraiment rien de valorisant.

Ce billet ne serait pas complet sans

mes cheveux. Je les ai emmenés chez le coiffeur d’un grand hôtel qui m’a saluée d’un clair Bonjour Mèdème en tortillant du derrière comme ne le fait plus aucun homosexuel chez nous. Malheureusement, son français s’est arrêté là car il m’a refilée aussitôt à un collègue anglophone qui m’a dit en tordant le coin de la bouche : où on vous a fait ça ?
Bref, ils sont maintenant cuivrés et je ne trompe plus personne : ça n’a jamais été leur couleur. Il est évident que j’ai eu un rinçage.
A présent, je n’en parle plus. Promis, juré.

Et mon arabe ?

Quand je parle mon cru d’arabe littéraire (avec toutes les terminaisons) on me comprend, mais on est amusé car personne ne parle comme ça.
Grande différence avec le Maroc où, mis à part les gens qui ont fait le secondaire, personne ne te comprend dans la rue.

Quelques jours plus tard :

Pascal,

Là, tu m’as piquée au vif.
Du blabla, mes messages ?
Keske tu veux ? Du sensationnel ?

Genre : ils sont venus sonner à l’heure du laitier ; ils étaient deux, chaussés de lunettes de soleil. Je leur ai dit : vous pouvez garder vos lunettes, mais chez moi on enlève les souliers (tout ça en arabe).
Je peux affabuler si tu veux. J

La vie d’une étudiante est sans histoire, même à Damas. Ca bosse, ça voit arriver les examens avec angoisse (dans deux mois), ça a parfois envie de tout plaquer et de rentrer. Et à part les Turcs (il en reste et ils sont doués) (voir photo classe incomplète), on est tous dans le même cas à des moments différents.

A (un autre) propos : je n’ai pas vu de quartier chaud. J’ai vu des jeunes filles qui ne l’étaient plus depuis longtemps dans un grand hôtel, mais dans la rue, certainement pas.

Il y aurait peut-être des homosexuels qui feraient plus ou moins le tapin ; ça, je l’ai lu dans un livre.
Quand au café Shams je vois le garçon faire une terrible grimace comme s’il se retenait , je cherche et je trouve : il y a un couple homosexuel assis à sa terrasse, des Européens, bien sûr.

L’alcool n’est pas interdit, mais il est discret, j’entends les endroits où on le vend. Oui, il y a des musulmans qui boivent. Là, rien d’étonnant, mais pas en public.

Les trafiquants de drogue, on les exécute. Et moi, qui suis pourtant contre la peine de mort, je suis d’accord.

Ici, Ben Laden n’a pas la cote. Ce n’est pas un bon musulman. De plus, pour le 9/11, il était de mèche avec les Américains. Et cette hypothèse ne me semble pas tellement tirée par les ….

Consternation quand j’ai appris à mes voisins que le franc-tireur de Washington s’appelait Mohammed. On avait bien besoin de ça avec la croisade antimusulmane menée à l’échelle mondiale!

Quand Patricia (une Française convertie) aura le temps, nous vous pondrons un Islam pour les nuls, mais comme elle est encore plus occupée que moi, je ne vous promets pas que ce sera pour tout de suite. En avant-première : le voile c’est une coutume. La religion stipule simplement qu’une femme ne montre que son visage et ses mains, d’où le hijab (le foulard) et la redingote boutonnée au col.
Il y a des femmes qui cachent la moitié de leur visage, soit en mordant un bout de leur voile, soit en l’attachant derrière. Certaines se couvrent entièrement ; il est vrai qu’elles sortent sans doute rarement.

Comme tout être heureux, je n’ai pas d’histoire. Demain, je le promets, je ferai une photo de notre classe et du professeur (voir ci-contre, mais la classe est incomplète).

Au hammam, j’étais trop crevée pour emmener mon appareil. Le hammam, c’est toujours Capoue. La salle fait penser à une toile orientaliste. On fumait du narguilé dans tous les coins.
Mon voisin raconte qu’il y va avec des copains vers 10 heures du soir et qu’ils y passent la nuit à manger, à boire du thé et à raconter des blagues. Ils en sortent vers 4 heures du matin.

En parlant de fumer, je mène une vraie croisade auprès de mes amis et connaissances qui fument comme des cheminées. On ne voit pas bcp de vieillards, mais je ne connais pas les chiffres sur l’espérance de vie.

La semaine prochaine, le 5 novembre, le Ramadan commence. C’est une période de purification. Ceux qui fument, fument moins ou arrêtent. Ceux qui boivent de l’alcool, cessent de boire. On se retient d’avoir des mauvaises pensées et l’on est plus charitable.
Vous le savez, on ne mange ni ne boit entre le lever et le coucher du soleil. A l’institut, on ne nous donnera même pas la demi-heure de répit dont bénéficient les fonctionnaires. L’horaire reste le même.

Dimanche, nous partons avec l’institut en excursion à Homs, Tartous et sur une île. Je crois que nous verrons aussi le krak des croisés. Je vous raconterai et vous aurez vos photos.

Pour les arabisants débutants

Une bonne grammaire en livre de poche : Grammaire active de l’arabe de Michel Neyreneuf et Ghalib Al-Hakkak (Ed. Les langues modernes).

Vous y trouverez la terminologie grammaticale en arabe.

Quelques photos de Damas

2 commentaires sur « Damas, octobre 2002 »

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