Décembre 2002

Filed under: Blog — annie at 2:58 pm on Friday, December 20, 2002

Comme je vais voyager, je vous remets une carte du pays

L’Aïd

A Hama, j’arrive en plein Aïd El Fitr qui marque la fin du Ramadan et qui va durer trois jours. Fête d’Aïd est un pléonasme puisque Aïd veut dire fête. C’est à vivre. Tout le monde est dans la rue ; on fume les paquets de cigarettes qu’on a en retard. Le soir, on ne voit plus que des garçons dans les rues ; ils brandissent presque tous un revolver (jouet) ; mais l’après-midi, on sort en famille. Il y a des manèges ; un peu comme à la foire chez nous, mais à une petite échelle. Ce sont souvent des balançoires ou des petites roues rustiques actionnées manuellement ; les gosses sont aux anges. Il y a une joie rafraîchissante. Quand je dis qu’ici je suis reportée cinquante ans en arrière, c’est de ces plaisirs non encore gâchés par la société de consommation que je veux parler. Les gens ne sont pas blasés.

Je me fais harponner par un jeune entrepreneur qui vend du foul (des fèves) cuit à l’eau et assaisonné de sel et d’épices. Délicieux.

Les enfants adorent se faire photographier et me posent plein de questions.

Retour de Hama

J’avais donc quatre jours de vacances et j’en ai profité pour aller à Hama (du 5 au 8 décembre). Les impressions se bousculent sur le clavier.

Noria

Le voyage d’abord : en bus, avec pour compagne une dame qui avait un rhume et qui a dormi pendant tout le trajet.

Comme je sors d’un rhume promu en grippe, le tout couronné par une chute dans un trou qui me vaut une entorse, je me dis que cela suffit et je me tiens à distance de ma voisine. Si je suis passée du rhume à la grippe c’est bien de ma faute. Tout comme on ne se frotte pas les yeux avec du poivre quand ils sont rouges, on ne sort pas de chez le coiffeur avec les cheveux encore mouillés quand on a un rhume. Total, cinq jours de lit (entorse comprise). A la pharmacie, on vous délivre des antibiotiques sans ordonnance et juste ce qu’il vous faut pour vous sortir d’affaire. Pas l’énorme boîte qui vieillira dans votre salle de bains jusqu’à la date de péremption ; la solution d’ici est économique et antigaspi.

Pour le voyage de retour, j’aurai comme compagne une femme indépendante vivant seule (et célibataire); elle est médecin et a fait ses études en Angleterre. J’apprends que l’espérance de vie est de 70 ans ; je me disais bien que je ne voyais pas beaucoup de personnes âgées dans les rues.

Avec de telles digressions je n’arriverai jamais jusqu’à Hama qui n’est qu’à 2 heures 30 de bus de Damas.

Nous faisons halte à Homs où je bavarde avec des locaux et ils me posent les questions habituelles : êtes-vous mariée (maintenant je dis oui, c’est mieux, sinon on vous demande en mariage), zavez des enfants ? oui (Jo et Tib je vous emprunte à votre maman, la première épouse de mon feu mon ex-mari), où il est votre mari ? au travail. Où travaille-t-il ? Malheur ! Je sors le seul mot qui me vient à l’esprit : safar (l’ambassade) ; ils sortent illico leur passeport en me demandant un visa pour la Belgique. Qu’est ce que c’est que cette manie de vouloir immigrer ? Je leur parle de la pluie Belgique, du fait qu’il n’y a pas de travail, qu’ici ils ont une famille ; rien à faire. Les rêves ont la vie tenace. On ne connaît son bonheur que par comparaison.

Mon chauffeur

A l’hôtel, on me propose des excursions et l’on m’attribue un chauffeur. Quand celui-ci vient prendre livraison de sa cliente, il appose des bisous en mitraillette sur la joue de l’hôtelier et j’en déduis qu’il est de la famille. Effectivement.

J’ai mis du temps à l’accepter. Il fait une chose qui m’énerve au plus haut point jusqu’à l’obsession. Il se touche.

Le visage. Il passe sa main sur la bouche, la promène sur le menton, fait le tour de la tête, déplisse ses oreilles.

Ces réserves ayant été émises, il conduit de main de maître sa Mercedes ronronnante qui a 35 ans d’âge et a fait Dieu sait combien de fois le tour du compteur. Il m’offre de petites pizzas que des femmes vendent devant leur maison et l’après-midi, un délicieux café sirupeux servi également au bord de la route, cette fois-ci par un gamin qui manie une très belle et grande cafetière. Bref, sa gentillesse a eu raison de mon mauvais caractère.

Je ne vous ai pas encore parlé tourisme. Les quelques renseignements que je vous donne ci-dessous proviennent de l’excellent Lonely Planet.

La région est merveilleuse.

Qu’il s’agisse des maisons en forme de ruches encore habitées.

du Qasr Ibn Wardan qui remonte à l’époque byzantine .

d’Apamea, où j’ai eu les ruines pour moi toute seule tôt le matin,

 de Maara, petite ville hébergeant un magnifique musée de mosaïques (et moi qui n’aimais pas les mosaïques, je suis enthousiaste). Photos de l’intérieur interdites. C’est jour de souk. Des cordonniers sont installés sur le trottoir. Je suppose qu’ils se déplacent d’un souk à l’autre. Dans cette petite ville, je suis très peu fière de nos croisés qui, ayant conquis la ville sous les ordres de Raymond de Toulouse (1092, ont fait bouillir des gens dans des marmites pour les manger et fait rôtir des enfants qu’ils avaient empalés sur une broche). Il faut dire que les assiégés avaient eu le mauvais goût de n’avoir plus de vivres.

Et enfin, le point culminant de mon séjour : la ville morte de Serjilla où je pus me promener seule dans ces immenses ruines. Un jour, les habitants sont partis, on ne sait pas pourquoi ; un peu comme les Anasazi dans l’Ouest américain. Il n’y a pas de trace de guerre. On pense que les routes commerciales se sont déplacées privant ces villages de ressources ou que les habitants ont fui après un tremblement de terre. Des villes mortes, il y en a des dizaines dans la région, mais Serjilla a été pour moi la plus impressionnante parmi les quatre que j’ai visitées.

Les autres sont plus petites et proches de villages, d’où : déchets, chiens méchants, enfants qui demandent des stylos (le jour où je tiens la mémé qui du Maroc à la Syrie a distribué des stylos, je la renvoie chez les croisés anthropophages). Bref, pas de splendide isolement. La pyramide se trouve à Bara.

Dans plusieurs endroits, les gens ont récupéré une ruine pour y faire leur logement et la lessive qui cuit sur un feu de bois avoisine les colonnes devant lesquelles vous voyez ces trois petites filles.

Viennent à présent quelques belles vues de Hama, mais avant, mon péché mignon : ces bras blancs farcis de crème. A Damas j’avais cru que c’était une pâtisserie palestinienne ; erreur, c’est la grande spécialité de Hama. On cuit de la semoule avec du fromage et on étend la pâte sur des trépieds.

Je ne sais pas si c’est pour les sécher ou les détendre. On me dit que c’est parce qu’elles sont ainsi plus faciles à stocker.

Deuxième photo, mon assiette que j’ai photographiée en vitesse avant qu’elle ne soit vide. Les deux fourchettes sont là car elles me permettent de manger plus vite.

A celui qui propose de venir fabriquer cette merveille en Belgique, j’obtiens tout de suite un visa ; et tant pis pour la pluie belge et la famille qu’il abandonnera. ( Je vous mets la recette tout en bas)

Hama, vues de la vieille ville, de norias qui ne fonctionnent qu’en été. Je n’ai donc pas entendu leur plainte qui s’écoute depuis très loin.

Retour à l’établi et à l’apprentissage de la langue

Question temps, l’arabe est moins compliqué que nos langues car il n’a que trois temps l’accompli, l’inaccompli (le présent et le futur) et l’impératif. Rassurez-vous, il se rattrape largement ailleurs, mais son indéniable avantage est qu’il se prononce exactement comme il s’écrit.

Je commence à me sentir un peu ridicule en ville quand je sors mon ‘fous-ha’ ; un peu comme si vous parliez la langue du film les Visiteurs en France, ou le latin à Rome. Heureusement, la plupart des gens me comprennent, mais ils se marrent. Cela veut dire que dans quatre ans, quand je commencerai à connaître le fous-ha, je devrai me mettre à l’amyia (la langue populaire). C’est toutefois le fous-ha que l’on emploie à la télévision dans les journaux.

Notre classe est très soudée ; nous adorons notre professeur qui se dépense sans compter. C’est nous qui devons lui rappeler que la sonnette de la récré a retenti (Ya oustad, el djarass qu’on lui murmure). L’atmosphère est très bonne. Nous rions beaucoup. Mes résultats ? Bons.

La situation dans la région

Qu’est ce que vous avez presque tous à avoir la trouille de venir ici ? Le pays doit être parmi les plus calmes du monde.

Nous vivons dans une bulle ; nous nous sentons très à l’abri. La Syrie est sûre. Bien entendu, ce qui se passe en Palestine, et ce qui va arriver en Irak, ne nous laisse pas, pour dire le moins, indifférents, mais on n’en parle guère.

Le 25 décembre

Je viens de passer un Noël inoubliable dans une famille chrétienne amie. J’ai souvent cette sensation de vivre totalement dans le présent. Nous nous sommes amusés de tout cœur et personne n’a mentionné l’Irak ; à quoi bon ? Nous sommes totalement impuissants à prévenir quoique ce soit.

Le papa s’est déguisé en père Noël et est arrivé avec un sac en sonnant une clochette. On a fait une farandole en chantant : berim berim, arendous arendous (personne ne sait ce que cela veut dire).

La messe de minuit est certainement la plus fervente à laquelle j’ai assisté depuis mon enfance. Elle était dite en arabe et l’église était bondée. « Pourtant, tu avais dit que tu n’es plus catho», s’empresseront de dire ceux qui ont de la mémoire. C’est vrai, mais à l’occasion de Noël j’avais envie de retrouver mes racines et si j’ai eu des problèmes avec Rome, je ne reproche pas grand-chose à Jésus.

Les deux Damas

Pour Noël, j’étais dans le quartier chrétien. Il y a vraiment deux villes à Damas, mais elles ne sont pas ségréguées. Les uns peuvent très bien habiter chez les autres. Le vendredi, quand presque tout ferme dans les quartiers musulmans, on va du côté de Bab Touma où tout est ouvert. Et le dimanche, on suit le mouvement inverse. Pour Noël, le quartier chrétien attire les visiteurs musulmans à cause des maisons illuminées. Quant aux relations entre les deux communautés, elles ont l’air bonnes ; comme chez nous, certains n’échappent sans doute pas au besoin de mépriser l’autre.

La recette de Hama

(Halawih bil jibin, par Karim El-Boustani)
~~~~~~~~
Ingrédients :
1 livre de fromage Mozzarella râpé, non salé et frais
2 tasses d’eau
1 tasse de sucre
1 tasse de farine de semoule de blé
1/2 tasse de fromage Ricotta non salé (facultatif)
1 cuillère à café d’extrait de fleur d’oranger/eau (ma zaher)

Procédure :
Commencez par faire bouillir l’eau et ajoutez le sucre.
Dès que l’eau commence à bouillir, ajoutez lentement la semoule et mélangez.
Lorsque vous avez terminé, ajoutez lentement la mozzarella râpée et continuez à mélanger jusqu’à ce que tout le fromage ait disparu.
continuez à mélanger jusqu’à ce que tout le fromage ait été ajouté et ait complètement fondu.
Ensuite, étalez le tout sur un plat et laissez-le refroidir pendant quelques heures.
A déguster froid, avec de la ricotta tartinée sur le dessus, aromatisée avec une touche d’eau de fleur d’oranger.
une touche d’eau de fleur d’oranger

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