Retour de Deir Ez Zor

le 14 février

Euphrate : Pont des Français

Qu’est-ce que tu vas faire là-bas, m’avait demandé l’Ami à la limite incrédule ?

Regardez vers le centre-Est

Il faut dire qu’en général, les Syriens n’aiment pas beaucoup être envoyés dans cette région. Deir c’est un peu le Far West et hier soir, je m’y suis crue dans un cyber  bondé de gosses dont aucun ne surfe (beaucoup trop cher), mais qui utilisent les ordinateurs pour jouer. Les responsables me passent leur propre pc pour accéder à Internet. Je suis penchée sur cc21 où je compte corriger un titre,  quand tout à coup une tasse vole au-dessus de ma tête et vient s’écraser sur le mur derrière moi. D’autres bruits de vaisselle cassée se font entendre vers l’entrée. On brise une vitre. S’ensuit une mêlée qui devient plus grave quand les couteaux sortent et que deux garçons (17 et 13 ans) essaient  de perforer les responsables du cyber. Ceux-ci ont les mains tailladées et quand ils appellent les secours, ils inondent le téléphone de leur sang. Je me dis que mes corrections attendront et je leur passe des kleenex. En colère contre leurs assaillants, ils hurlent dans une langue que je ne reconnais plus du tout. Je ne pense pas que les tueurs me visent, mais quand même, je crains qu’il n’y ait mort d’homme. La police arrive et les victimes vont se faire soigner à l’hosto.

Abou Qemal : Ne me demandez pas pourquoi j’ai un châle, sans doute le froid

Quand je retourne sur les lieux ce matin, je ne les vois plus et j’espère qu’ils n’ont pas perdu leur emploi car à première vue ils n’étaient pour rien dans cet esclandre. Le peu que j’ai compris de la situation m’a fait penser à Bruxelles et aux descentes de Maroliens à la Jambe de bois  (un café près de la place Anneessens) que vous êtes tous trop petits pour avoir connues. A l’époque, les Maroliens étaient des Belges défavorisés tandis que la population de la Jambe était composée d’étudiants et cela castagnait régulièrement avec un pic à la Saint V.

Revenons à Deir. Une raison pour venir ici tient à l’Euphrate dont je préfère de loin le nom en arabe : el Fourati. Il y a aussi les ruines remarquables de quelques forteresses et surtout de Doura Europos et de Mari (déjà habitée avant le XXVème siècle avant J.-C. et un des fiefs des Sumériens) vers la frontière iraquienne.

Je voulais évidemment faire la paire avec le Tigre (j’espère que les petits d’aujourd’hui continuent à rêver en entendant parler du Tigre et de l’Euphrate ainsi que de la Mésopotamie).

A l’aéroport de Deir, pas de taxi, pas de navette. Avec deux autres voyageurs nous attendons. L’un d’eux finit par se diriger vers une Rover et bientôt nous invite à le rejoindre. Un monsieur d’une extrême gentillesse est au volant et nous conduit à nos destinations respectives. Comme ça. C’était un bon début que la suite n’a fait que confirmer.

Je descends dans un hôtel dont une amie m’a dit qu’il était au bord de l’Euphrate. Depuis l’avion, la vue sur le fleuve avait été merveilleuse : on découvre un grand désordre ; l’Euphrate part en bras qui se séparent et se rejoignent, ses berges son déchiquetées, il est parsemé d’îles. A l’hôtel, je suis plutôt déçue par son profit bétonné et un faible débit jusqu’à ce que je me rende compte que je suis en fait au bord du canal. Le fleuve est à 500 mètres vers le pont des Français, une passerelle suspendue.

Deir est proche de l’Irak non seulement géographiquement, mais aussi par l’accent, la musique et les affinités. Ici, la guerre est ressentie encore plus douloureusement qu’ailleurs.

J’ai eu l’occasion d’en parler longuement ; certains font même cause commune avec Saddam, voire  Ossama. Ne vous hâtez pas de conclure que ce sont des terroristes, mais les Américains sont en train de pousser certains Arabes vers ces gens-là faut de personnalités capables de les rallier. Ils me taquinent avec la « vieille Europe » et je leur dis que nous sommes devenus les nouveaux Arabes.

Les habitants parlent un arabe plus fous-ha qu’à Damas ; quant à la musique, je l’adore : âpre, elle a des accents de désert.

HANI

Je dois trouver un transport pour visiter commodément les sites et comme à l’hôtel on est très évasif, je prends les choses en mains. En montant dans le taxi de Hani, je sais tout de suite qu’il est l’homme de la situation. L’entente est totale vu qu’il fait tout ce que je veux ce qui ne va pas de soi dans ce pays où l’homme n’écoute souvent même pas ce que la femme suggère. Sauf MamnouA(verboten), surnom que nous avons donné à ma sœur lors de sa visite ;  le chauffeur n’ayant pas baissé la radio après ses demandes répétées, elle a dû lui faire tellement peur que nous avons eu la paix pendant le reste du voyage. Même chose pour les hôtels qu’il suggérait avec tant d’insistance qu’il était difficile de lui résister, sauf MamnouA. Pratique d’avoir une sœur qui prend les attitudes impopulaires à ma place.

Quant à Hani, j’ai passé trois journées merveilleuses avec ce tout jeune homme, digne, classe, que mes visites intéressaient visiblement lui-même. J’ai même passé une soirée chez lui avec sa femme, ses enfants et le maire de Deir.

J’ai poussé une pointe jusqu’à Qamishle  pour aller voir le Tigre, mais Ain Diwar se trouve au delà de ce que mon dos peut supporter et ce sera pour une autre fois. Je suis loin de me douter que je le verrai bientôt à Bagdad.

Deir Ez-Zor

Utilisé par les nomades du Moyen-Orient, le mot arabe zor  désigne la végétation broussailleuse qui couvre les terrasses inférieures des vallées des fleuves du désert, particulièrement celles du Jourdain et de l’Euphrate, dit Universalis

Un coup d’œil sur la ville

Qalat Rahba (sur la route de Abou Kamal)

Du haut de la citadelle, qui contrôlait la route de l’Euphrate à l’endroit où celle-ci descendait du plateau pour rejoindre la rive du fleuve, le regard embrasse la vallée verdoyante.

Doura Europos

Les ruines de la ville antique de Doura-Europos. Les vestiges des constructions de la ville sont limités au nord et au sud par deux ravins profonds et à l’ouest par muraille protégée par un épais remblai.

https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/doura_europos_sur_l_euphrate.asp

Au musée de Damas : On y a transposé la synagogue de Doura Europos, un édifice de culte juif situé dans la ville hellénistique et romaine de Doura Europos dans la province de Syrie. C’est l’un des monuments les plus importants pour l’étude de l’art juif dans l’Antiquité, témoin du judaïsme synagogal

L’Euphrate

Mari

Mari fut une importante cité mésopotamienne dès le IIIe millénaire av. J.-C., contemporaine de la civilisation sumérienne d’Uruk. Capitale d’un pays appelé tardivement, au viie siècle av. J.-C., Laqe et s’étendant le long de l’Euphrate en amont et en aval du confluent du Kharbour1, elle est surtout connue pour son splendide palais du IIe millénaire av. J.-C. et grâce aux fouilles archéologiques entreprises depuis 1933

Et enfin, et surtout, les gens

Ci-dessous un personnage crucial : c’est grâce à lui que je vous envoie ces images. J’avais oublié mon appareil photo dans sa voiture et il est parti à ma recherche pour me le rendre.

Je crois que le resto s’appelle Sayag ; les joyeux cuisiniers

Le fameux tanour dont sort le meilleur pain que j’ai mangé ici.

Visite de ma soeur et beau-frère janvier 2003

La semaine prochaine, l’Irak

Un avis sur « Retour de Deir Ez Zor »

  1. Merci, chére Annie J’ai un peu de retard… Le mari de ma soeur vient de mourir. On a perdu un frère et un très bon ami. Je n’en parle pas sur FB. ça fait trop mal… A bientôt. Bonne soirée Ingrid

    >

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :